Le Premier ministre britannique Keir Starmer (à gauche) et le secrétaire à la Défense John Healey lors d'une rencontre avec des apprentis de l'entreprise aérospatiale BAE system, à Barrow-in-Furness, dans le nord-ouest de l'Angleterre, le 20 mars 2025 ( POOL / Oli SCARFF )
Le Premier ministre britannique Keir Starmer a assuré jeudi qu'il ferait "tout ce qu'il faut pour assurer la sécurité" du Royaume-Uni, après la démission surprise du ministre de la Défense John Healey, en désaccord sur le budget militaire du gouvernement, dans un contexte de montée des menaces sécuritaires.
Depuis plusieurs mois, le gouvernement reporte la publication de son plan d'investissement dans la défense sur dix ans, initialement prévue pour la fin 2025, sur fond d'arbitrages budgétaires difficiles.
"Vous n'avez pas été en mesure, et le Trésor (ministère des Finances, ndlr) n'a pas voulu mobiliser les ressources dont la nation a besoin pour défendre le pays en cette période de menaces croissantes", a écrit jeudi le ministre dans sa lettre de démission adressée à Keir Starmer.
"Après vous avoir expliqué que je ne pourrais pas accepter un accord qui ne donnerait pas à nos forces les ressources nécessaires, je n'ai désormais plus d'autre choix que de présenter ma démission", a annoncé M. Healey.
En réponse, Keir Starmer a assuré qu'il ferait "toujours ce qu'il faut pour assurer la sécurité" du Royaume-Uni. Le futur plan d'investissement "fournira les ressources dont nos forces armées ont besoin" et leur "permettra (...) de se transformer et de se moderniser", écrit-il.
Cette démission est un nouveau revers pour le Premier ministre travailliste, fragilisé politiquement depuis des mois et menacé par une contestation interne, à une semaine d'une élection législative partielle cruciale.
M. Healey, dont le nom est parfois évoqué comme concurrent possible de Keir Starmer au sein du Parti travailliste, n'a pas précisé s'il participerait à une éventuelle course pour le remplacer à la tête du Labour et à Downing Street.
Le gouvernement travailliste s'est engagé à augmenter les dépenses militaires et doit dévoiler son plan d'investissement dans la défense avant le sommet de l'Otan les 7 et 8 juillet à Ankara, qui se tiendra en présence de Donald Trump.
Le président américain a exprimé à de multiples reprises ses critiques contre l'Otan, reprochant notamment aux alliés leur refus de s'engager à ses côtés dans la guerre qu'il a lancée, avec Israël, contre l'Iran.
Le gouvernement britannique s'est engagé à porter les dépenses de défense à 2,5% du Produit intérieur brut d'ici 2027, puis à 3% après 2029, et à 3,5% du PIB d'ici 2035, conformément à l'objectif fixé par l'Otan.
Une source proche de M. Healey a indiqué à l'AFP que la version finale du plan d'investissement transmise au ministre lundi ne donnait pas de date précise pour atteindre les 3% du PIB.
La guerre en Iran a récemment révélé au grand public les limites de la Royal Navy, qui résultent d'années de manque d'investissements et de retards industriels.
Inquiétudes
Plusieurs responsables de l'armée ont fait part récemment de leurs inquiétudes sur les tergiversations du gouvernement, estimant que cela envoyait un mauvais message à l'industrie de défense et aux alliés du Royaume-Uni au sein de l'Otan.
La semaine dernière, le chef d'état major des armées Richard Knighton avait prévenu que le Royaume-Uni devait "dépenser plus pour sa défense et plus vite", mettant en avant le danger russe.
Jeudi, une source gouvernementale a indiqué que l'exécutif avait déjà coupé dans le budget de l'aide internationale pour financer le budget militaire et qu'il fera de même "dans d'autres départements".
Pour Olivia O'Sullivan, du groupe de réflexion Chatham House, cette question du budget militaire est essentielle "au vu du rôle que le Royaume-Uni pourrait être amené à jouer dans la sécurité européenne si les États-Unis se retirent davantage, ou dans le soutien à la mise en œuvre d'un éventuel accord en Ukraine".
La hausse des dépenses de défense constitue un enjeu politique et économique dans de nombreux États membres de l'Otan. Elle implique des arbitrages budgétaires délicats, dans un contexte où les gouvernements doivent également financer d'autres priorités.
"Bien sûr, ce n'est pas facile (...) mais la mission première de tout gouvernement est, en fin de compte, d'assurer la sécurité du pays et de veiller à ce que l'économie soit forte", a déclaré jeudi le secrétaire général de l'Otan, Mark Rutte, interrogé lors d'une conférence de presse à Bruxelles.

2 commentaires
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement
Signaler le commentaire
Fermer